
Navin Ramgoolam tire la sonnette d’alarme : Air Mauritius est dans un état critique, proche de la disparition. Entre accusations de mauvaise gestion et restructuration financière, le gouvernement cherche des responsables tandis que la compagnie nationale d’aviation tente de rassurer sur sa survie.
Publicité
Qu’Air Mauritius Ltd se trouve dans une situation critique est déjà un élément connu. Son président, Kishore Beegoo, l’avait largement commenté lors d’une conférence de presse le vendredi 14 mars 2025. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en a rajouté une couche dans une réponse écrite déposée à l’Assemblée nationale il y a quelques jours à la suite d’une question posée le 18 mars dernier par la députée Babita Thannoo.
« Air Mauritius Ltd n’est pas dans une unité de soins intensifs ! Comme l’a justement dit un ancien cadre, elle est en réanimation ! Elle est littéralement dans un état comateux, sur le point de disparaître ! », a-t-il affirmé dans une réponse qui n’est pas passée inaperçue. Une situation catastrophique qui, selon lui, résulte d’années de mauvaise gestion. Bien que des initiatives soient en cours pour redresser la compagnie, le chemin vers la guérison demeure semé d’embûches.
Audit
Face à cette crise sans précédent, les autorités ont décidé d’agir avec fermeté. « La direction a déjà lancé des actions pour un ‘audit forensic’ complet afin de découvrir qui sont ceux responsables de ce désastre », a annoncé le Premier ministre. Il a ajouté avec détermination « qu’il soit dit haut et fort que chaque individu responsable de cet état de choses sera tenu pour personnellement responsable ».
Le Premier ministre n’a pas hésité à pointer du doigt l’administration précédente. Il a catégoriquement déclaré que « le gouvernement précédent a laissé un héritage de pourriture à Air Mauritius », soulignant ainsi l’ampleur de la débâcle actuelle.
Selon lui, sous l’administration précédente, « la mauvaise gestion, l’incompétence, la malhonnêteté et le népotisme » ont précipité la compagnie vers l’abîme. « Nous devons donner du temps à la direction pour améliorer la situation catastrophique dont elle a hérité », a indiqué Navin Ramgoolam. « Je suis informé qu’ils font tout leur possible pour garantir que le personnel travaille dans les meilleures conditions possibles, étant donné les circonstances actuelles », a-t-il souligné.
Néanmoins, une lueur d’espoir est apparue récemment. Lors de l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires vendredi dernier, une décision cruciale a été prise : Rs 8 milliards des Rs 10 milliards de dettes que la compagnie devait à son actionnaire, Airport Holdings Ltd (AHL), ont été converties en « Non-Voting Convertible and Redeemable Preference Shares » (NCRPS). Ces actions ne permettent pas de voter, mais elles peuvent être transformées en actions ordinaires ultérieurement. De plus, Air Mauritius conserve l’option de les racheter d’ici cinq ans si sa situation le permet.
Cette restructuration offre à la compagnie nationale un répit financier salutaire, même si l’exercice financier clôturé au 31 mars 2025, soit lundi, se solde par de lourdes pertes.
Dans les couloirs d’Air Mauritius, on évoque un déficit d’environ Rs 2 milliards. La santé financière de la compagnie demeure donc extrêmement fragile. Malgré les efforts déployés pour identifier les responsables de son déclin et restaurer son fonctionnement, le parcours vers le redressement reste parsemé d’obstacles.
La compagnie dément toute intention de fermeture
Face aux spéculations alarmantes relayées en ligne par certains médias étrangers sur sa viabilité, Air Mauritius a catégoriquement démenti dans l’après-midi du lundi 31 mars 2025 toute intention de cesser ses activités. « Il n’a jamais été question de fermer la compagnie », indique la direction dans un communiqué. Elle dénonce une information erronée véhiculée par un « site à sensation ».
Cette mise au point intervient après la publication, le 25 mars dernier, d’un article sur le site spécialisé Dj’s Aviation, qui évoquait une situation financière « préoccupante » pour la compagnie, allant jusqu’à qualifier la période actuelle de « lutte pour sa survie ».
L’article mettait en lumière des difficultés financières persistantes, attribuées à des décisions stratégiques contestables, notamment le choix de certaines destinations ou la gestion de la flotte. Il prétendait qu’Air Mauritius était au seuil de la fermeture.
Tout en reconnaissant les défis financiers auxquels elle est confrontée, la compagnie assure avoir pris des mesures concrètes pour garantir sa pérennité. D’après le communiqué, la maison-mère Airport Holdings Ltd a converti un prêt d’actionnaire de Rs 8,047 milliards en capital. Cette opération vise à consolider la structure financière de l’entreprise et à renforcer sa solvabilité.
De plus, AHL a garanti un soutien financier ferme et contraignant à Air Mauritius, précisant que l’aide serait fournie « en cas de besoin ». Sur le plan opérationnel, la compagnie affirme avoir entrepris des réformes pour optimiser son efficacité et améliorer ses performances financières. Elle se montre confiante quant à l’impact de ces mesures, anticipant des résultats positifs dès l’exercice 2025-26.
Si la direction d’Air Mauritius s’emploie à rassurer les passagers et les parties prenantes, la compagnie n’en demeure pas moins confrontée à des défis structurels. Sa réaction vise à éteindre les rumeurs sur une éventuelle cessation d’activité et à rassurer l’opinion publique sur son avenir. Si la direction affiche un optimisme prudent quant aux résultats futurs, le redressement de l’entreprise dépendra toutefois en grande partie de la mise en œuvre effective des réformes annoncées.

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !