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Tarif douanier de 40% : quel bouclier pour Maurice face à l’assaut de Donald Trump?

Ce tarif affecte non seulement Maurice, mais également 59 autres pays.

L'imposition de droits de douane supplémentaires de 40% par les États-Unis sur les exportations de Maurice représente une menace pour l'économie locale. Alors que la diversification des marchés et le renforcement des relations avec d’autres pays sont suggérés, les économistes soulignent la nécessité d'une réponse stratégique face à cette nouvelle pression commerciale.

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Le décret signé par Donald Trump cette semaine-ci, qui impose des droits de douane supplémentaires de 40 % sur les exportations de Maurice vers les États-Unis, soulève des inquiétudes majeures pour l'économie mauricienne. Ce tarif, qui affecte non seulement Maurice mais également 59 autres pays, s'inscrit dans une stratégie américaine visant à rééquilibrer les relations commerciales, notamment avec des partenaires comme la Chine. Alors que Maurice exporte principalement des macaques, des textiles, des produits de la mer et du sucre vers le marché américain, cette nouvelle taxe pourrait bouleverser les flux commerciaux et entraîner des conséquences sur la compétitivité des entreprises locales. Dans ce contexte, il est crucial pour les autorités et les entreprises mauriciennes de repenser leur stratégie commerciale.

Faut-il intensifier les négociations avec les États-Unis, diversifier les marchés d'exportation, ou renforcer les relations avec d'autres partenaires internationaux comme la Chine ? 

Selon l’observateur économique Imrith Ramtohul, il y a tout de même une lueur d’espoir : « Tout n’est pas perdu. Il pourrait encore être possible pour Maurice d’entamer des négociations avec les États-Unis », affirme-t-il. Cependant, il souligne la nécessité d’être réaliste. « Notre économie est de taille modeste, et il serait quelque peu utopique de s'attendre à des importations massives en provenance des États-Unis ou à une expansion significative des entreprises mauriciennes sur le marché américain », précise-t-il. 

Pour l’économiste Bhavish Jugurnath, les droits de douane renforcent l’urgence d’un nouvel accord commercial bilatéral et équilibré avec les États-Unis. « Si les droits de douane rendent les produits chinois plus coûteux aux États-Unis, les importateurs américains pourraient chercher des alternatives. Maurice pourrait tirer parti de cette déviation commerciale si elle parvient à offrir des produits similaires de manière compétitive », explique-t-il.

Trouver de nouveaux marchés

Imrith Ramtohul estime que la recherche de nouveaux marchés prendra du temps et ne pourra se réaliser à court terme. « Les autorités devraient progressivement explorer de nouveaux débouchés en Europe, au Japon et en Australie », suggère-t-il. Toutefois, il précise que pour que cette stratégie soit couronnée de succès, les produits mauriciens devront être proposés à des prix compétitifs, ce qui rend la productivité essentielle. 

De son côté, Bhavish Jugurnath insiste sur le fait que la diversification des marchés d’exportation est désormais une priorité absolue. « Il est crucial de réduire la dépendance vis-à-vis du marché américain en recherchant activement de nouvelles opportunités d’exportation dans des régions comme l’Afrique, l’Europe et l’Asie », affirme-t-il.

Renforcer les relations existantes

Imrith Ramtohul suggère que renforcer les relations commerciales avec la Chine pourrait aider à atténuer les impacts négatifs. « La décision des États-Unis concernant les droits de douane pourrait encore accentuer le rôle de la Chine en tant que partenaire commercial et investisseur majeur en Afrique », explique-t-il.

Valorisation des produits

Bhavish Jugurnath recommande de se concentrer sur la production de biens à plus forte valeur ajoutée et différenciés, moins vulnérables aux hausses de prix induites par les droits de douane. « En outre, il est essentiel de rationaliser les chaînes d’approvisionnement afin de réduire les coûts et d’améliorer la compétitivité », soutient-il. 

Les conséquences du tarif de 40% sur Maurice 

Baisse des exportations et des devises étrangères

En tant que petite économie ouverte, Bhavish Jugurnath explique que Maurice est intégré dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Il avance que les droits de douane entre les grandes économies comme les États-Unis et la Chine peuvent perturber ces chaînes. « Cela pourrait affecter la demande pour les exportations mauriciennes (par exemple, les textiles et les produits de la mer) si ces exportations servent d’intrants à des biens transformés en Chine puis exportés vers les États-Unis », fait-il ressortir. 

Avec des droits de douane de 40 %, la demande pour les exportations mauriciennes vers les États-Unis va diminuer. C’est ce que prévient Imrith Ramtohul. « Les acheteurs pourraient se tourner vers des pays appliquant des tarifs plus bas. En conséquence, cela pourrait entraîner une baisse des entrées de devises étrangères dans le pays. Heureusement, les États-Unis ne sont pas le principal partenaire commercial de Maurice », explique notre interlocuteur.

 

Baisse du dollar américain 

Depuis l’annonce des tarifs douaniers de Donald Trump, une forte baisse du dollar américain est déjà constatée. « Cela pourrait en réalité être une « blessing in disguise » pour Maurice, car le coût de nos importations principalement réglées en dollars américains diminuera », fait ressortir Imrith Ramtohul. Ainsi, dit-il, Maurice pourrait bénéficier d'importations moins chères à court terme.

Récession mondiale, baisse des recettes touristiques, chômage … 

Les économistes affirment qu’il existe un risque de récession mondiale et de baisse de la demande globale. Si cela se produit, disent-ils, les exportations mauriciennes vers d'autres pays pourraient également être affectées négativement. « Cela entraînerait une baisse des recettes touristiques. Une récession pourrait aussi obliger certaines entreprises locales (fortement dépendantes des exportations) à réduire leurs effectifs », ajoute Imrith Ramtohul. D’ailleurs, il avance que JP Morgan a relevé la probabilité d'une récession mondiale cette année à 60 %, principalement en raison des tarifs douaniers plus élevés. Pour sa part, Bhavish Jugurnath affirme qu’une guerre commerciale mondiale pourrait ralentir la croissance économique à l’échelle mondiale, ce qui pourrait avoir un impact sur le tourisme, un secteur clé pour Maurice. 

Produits moins chers sur le marché local 

De nombreux observateurs estiment que des produits chinois meilleur marché pourraient désormais être disponibles localement en raison des droits de douane plus élevés imposés par les États-Unis. « Cela profitera bien sûr aux consommateurs mauriciens », expliquent nos interlocuteurs.

Vers la fin de l’AGOA

Les nouveaux tarifs douaniers dévoilés mercredi par le président américain Donald Trump devraient avoir un impact majeur sur les accords commerciaux signés entre les États-Unis et d’autres pays. Les « tarifs réciproques » de Trump visent des dizaines de pays africains, dont Maurice à hauteur de 40 % et le Lesotho à 50 %. Selon Bhavish Jugurnath, ces tarifs réciproques et universels semblent annuler les dispositions d’exonération tarifaire prévues par l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Cette législation américaine a encadré une grande partie des échanges commerciaux entre les États-Unis, l’Afrique et Maurice au cours des dernières décennies. Mais elle expire en septembre. Imrith Ramtohul ne dira pas le contraire. « L’imposition de tarifs douaniers pourrait signifier la fin de l’accord commercial AGOA, qui a profité à Maurice », soutient-il. Pour lui, le célèbre dicton « Tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que d’autres » s’applique clairement ici. « Tous les pays n’ont pas été traités de manière égale. Les exportations mauriciennes sont soumises à un tarif de 40 %, tandis que d’autres pays sont soumis à des taux plus bas. Parmi les exemples figurent le Kenya (10 %), l’Afrique du Sud (31 %), l’Inde (26 %) et le Bangladesh (37 %) », indique notre interlocuteur.

Il convient cependant de noter qu’il pourrait y avoir une résistance de la part des tribunaux et du Congrès américains. « Il est fort probable que les tribunaux jugent ces tarifs anticonstitutionnels et demandent une législation du Congrès. Par conséquent, l’imposition de ces tarifs (le cas échéant) pourrait prendre plus de temps avant d’entrer en vigueur », avance Imrith Ramtohul.

Hypothèse sur le calcul employé par le gouvernement de Trump

Le gouvernement de Trump a-t-il utilisé le ChatGPT pour parvenir à la liste des régions à tarifer ? Certains analystes à l’étranger en font le lien. Pour cause, Donald Trump aurait annoncé des prélèvements sur des îles inhabitées. La méthode de calcul pour déterminer ou pour fixer les niveaux est qualifiée d’inappropriée. Le calcul aurait tenu compte de l’excédent commercial de chaque région avec les États-Unis en 2024 qui aurait été divisé par ses exportations vers les États-Unis, avant d’être divisé par deux. Lorsque le calcul donnait un résultat inférieur à 10 %, la région se voyait attribuer un droit de douane de 10 %. « Cette méthode ne tente pas de saisir les tarifs réels, les barrières non tarifaires ou toute autre subtilité qui pourrait contribuer à expliquer les déséquilibres commerciaux », a expliqué un analyste. 

Ritish Ramful, ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale : « Nous attendons des explications et des éclaircissements »

Le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, affirme que l’imposition de tarifs douaniers par le président Trump affecte tous les pays, en particulier Maurice, qui se voit imposer un tarif de 40 %. « Maurice exporte principalement des animaux vivants, des textiles et du sucre vers ce marché », précise-t-il. Cependant, il se dit dans l’incertitude concernant ce taux de 40 %. « Je me suis entretenu avec l’ambassadeur américain à Maurice pour obtenir des explications sur l’imposition de cette taxe douanière, notamment sur la méthodologie utilisée pour calculer ce taux », explique-t-il. Le ministre indique qu’il attend également des clarifications au sujet de l’AGOA. « Est-ce que l’Executive Order du président prime sur la législation adoptée par le Congrès ? » Une fois ces questions éclaircies, il précise qu’il sera possible de définir des stratégies et d’entamer des pourparlers avec les autorités américaines afin de revoir à la baisse ces tarifs.

 

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