
Le premier Budget de l’ère de l’Alliance du Changement sera présenté cette année. Tenant compte des éléments soulevés dans le rapport de l’Audit, le ministère des Finances sera scruté de part et d’autre quant aux mesures qui seront renfermées dans le Budget 2025-2, mais aussi eu égard à leur implémentation.
Le contexte économique n’est pas des plus favorables pour Maurice. La croissance prévue cette année est de 3,3 %. En outre, le nouveau gouvernement n’a eu de cesse de répéter qu’il a hérité d’une situation économique catastrophique de l’ancien régime. Une thèse appuyée par le rapport « State of the economy », sans oublier la falsification des données économiques sous la tutelle de l’ancien ministre des Finances.
Ajouté à cela, le rapport de l’Audit est venu mettre en lumière les gaspillages et irrégularités dans la gestion des fonds publics. Selon le directeur de l’Audit, le gouvernement est tenu responsable non seulement de l’exécution du budget public, mais aussi de l’utilisation efficace, efficiente et économique de l’argent des contribuables.
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Dans ce contexte, nul doute que le premier budget de l’Alliance du Changement sera suivi avec attention. D’une part, il y a le tableau économique dressé par le gouvernement. D’autre part, les attentes de la population sont grandes par rapport aux mesures annoncées durant la dernière campagne électorale de l’Alliance du Changement.
Le gouverneur de la Banque de Maurice, Rama Sithanen, soulignait sur les ondes de Radio Plus en fin de semaine dernière que « le Premier ministre devrait faire le contraire de ce qu’espèrent d’habitude les ministres, les syndicats et le secteur privé. Nous sommes dans une période de transition et aussi une période charnière. Ce sera compliqué. Cela devrait être un budget de compromis ».
« Programme-Based Budgeting »
Le gouvernement a réintroduit le « Programme-Based Budgeting », une initiative abandonnée par l’ancien régime. Il ne faudrait pas selon Nalini Burn, économiste, que cette mesure ne soit que cosmétique en raison de la vitesse à laquelle elle est mise en place. Une fiche projet faite d’une manière scientifique avec les moyens disposés devrait permettre de suivre tout décalage dans l’implémentation. « J’ai peur que le budget soit composé pour les prochaines trois ans. C’est bien que ce soit pluriannuel, à condition que ce soit fait en bonne et due forme », indique l’économiste.
A quoi peut-on s’attendre pour ce budget alors que les consultations pré-budgétaires démarrent ce jeudi 3 avril ? Nalini Burn opte pour un budget de transition selon les actions prioritaires du gouvernement avec une approche pilote. Ce sera pour elle, une manière de prendre la mesure de l’envergure de la tâche. « La responsabilité n’existe pas. Si quelqu’un veut mettre l’emphase sur la responsabilité, moi je salue cela. Cependant, la définition est bien abstraite », poursuit-elle.
De son côté, le Dr Chandan Jankee est d’avis qu’il convient d’effectuer une évaluation pour déterminer les ressources dont dispose le pays en termes de biens, de main-d’œuvre ou encore financière. Il ne faudra pas, selon l’économiste, proposer des mesures trop ambitieuses, mais bien celles qui s’y adaptent dans un certain délai. « Plusieurs mesures font face à des problèmes d’implémentation, des soucis légaux ou autres », fait-il ressortir.
Implémentation
Les différents budgets présentés sous les gouvernements qui se sont succédé laissent place à une question fondamentale : celle de l’implémentation des mesures. De nombreuses mesures n’ont jamais été mises en œuvre sans explication. D’où la proposition de Nalini Burn, dans le cadre post-budget, que des institutions agissent avec autorité quand les choses ne vont pas bien. Or, l’audit financier ne renferme pas les conséquences d’une mauvaise gestion des fonds publics. « Sans impunité, il n’y aura pas d’incitation pour éviter que les mêmes erreurs se produisent d’année en année. Le rapport de l’Audit est mis dans un tiroir », dit-elle.
Le High-Level Steering Committee qui sera présidé par le Junior minister des Finances, Dhaneshwar Damry, a été présenté comme chien de garde pour l’aspect implémentation des mesures. Le Dr Chandan Jankee s’attend à ce que ce comité impose des délais stricts. Il souhaite également qu’il se réunisse régulièrement pour suivre l’implémentation des mesures et garantir leur bonne exécution.
Nalini Burn nuance, pour sa part, ses propos. Il faut, selon elle, tenir compte de la composition de ce High-Level Steering Committee. « Il faut viser plus loin et inscrire le budget dans le respect de nos engagements pour que les citoyens mauriciens jouissent de leur droit. Il faut une réforme en profondeur. Qu’avons-nous dépensé ? Pourquoi avons-nous dépensé ? Comment pouvez-vous nous dire que c’est la meilleure façon d’atteindre notre objectif ? Soumettons cela à la loupe. Le High-Level Steering Committee a-t-il une fiche de projet comme cela ? Ce comité n’a pas le levier pour faire le travail qu’il faut », fait-elle remarquer.
Dépenses publiques
Par ailleurs, l’objectif des différents gouvernements devrait être d’utiliser les fonds publics d’une manière effective. Selon le Dr Chandan Jankee, le High-Level Steering Committee ne pourra se charger d’adresser les problèmes mentionnés dans le rapport de l’Audit. Il faudra un autre comité technique qui s’attèlera à la réduction des dépenses et gaspillages des fonds publics et qui sera en connexion avec les différents ministères.
Nalini Burn fait observer que le public « Sector Investment Program » est déjà bouclé. Ce sera déjà ficelé pour trois ans. « Le secteur public a été complètement dévidé de ses capacités pendant des années. Il n’y a plus les gens qui peuvent taper du poing sur la table au sein des services publics », conclut-elle.
Dhaneshwar Damry, Junior minister des Finances : « Il y aura le suivi, le contrôle et l’évaluation à deux niveaux »
Vous êtes le président du comité de pilotage de haut niveau (High-Level Steering Committee) qui a été mis en place par le Premier ministre. Quelle est la considération qui sera accordée par ce comité aux détails du rapport de l’Audit publié récemment ?
301 problèmes pour l’année 2023-2024 ont été soulevés dans le rapport de l’Audit. Le rapport précédent comprenait 168 problèmes. Or, seul un problème sur trois est véritablement résolu. Quant aux autres, ils ne sont qu’à moitié traités. Nous essayons de voir quels sont les problèmes qui ont été adressés et depuis quand. Il faut souligner que certains d’entre eux ne datent pas d’hier.
Ce comité va s’assurer d’un suivi régulier, cela jusqu’à ce que les problèmes soient résolus. Ce qui m’interpelle dans ce rapport de l’Audit, c’est que certains enjeux ont été partiellement adressés. Comme je l’ai dit précédemment, ce gouvernement souhaite instaurer une culture de responsabilité. Nous sommes redevables de chaque roupie dépensée, car cet argent vient de la poche des contribuables.
Les budgets se sont succédé sous les anciens régimes et la question de l’implémentation des mesures est d’intérêt pour la population. Comment est-ce que ce comité compte-t-il s’assurer que les mesures annoncées soient véritablement mises en œuvre ?
Il y aura deux niveaux. D’abord, le comité de pilotage de haut niveau va superviser et coordonner l’implémentation du programme gouvernemental. Il convient de souligner que ce gouvernement est venu de l’avant avec le « Performance-based budgeting » axé sur les résultats. Le budget fera l’allocation des finances basée sur les résultats qui seront prédéfinis, soit des indicateurs de performance clés.
Il y aura le suivi, le contrôle et l’évaluation à deux niveaux. De ce fait, le gouvernement sera beaucoup plus efficace et responsable pour chaque roupie des contribuables.
Le rapport de l’Audit met en lumière les dépenses et gaspillages des services publics. Quel est l’engagement de ce gouvernement pour réduire et éviter le gaspillage des fonds publics ?
Ce n’est pas uniquement l’engagement du gouvernement, mais celui de toute l’île Maurice. La population ne veut plus voir de dilapidation des fonds publics. Il faut donc commencer par diminuer ce gaspillage.
Le High-Level Steering Committee et le Performance-based budgeting vont en ce sens. Nous viendrons de l’avant avec le Fiscal Responsiblity Act et une nouvelle manière de faire de l’audit des comptes gouvernementaux. Ces mesures tendent à s’assurer que nous allons réduire le gaspillage.

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